LES CHARLATANS

Le défi de la vitesse

L’automobile du début du XXème siècle se doit d’être le reflet de son époque, un siècle qui démarre très vite. Peugeot veut atteindre les 150km/h au moment où les voitures vendues atteignent seulement les 50-60km/h. Pour ce faire, Peugeot et les « Charlatans » inventent, dessinent et fabriquent un moteur révolutionnaire, le moteur de la L76.

 

Les “Charlatans” et la première voiture de course moderne

La domination des grosses cylindrées (14 litres et plus) en course automobile touche à sa fin vers 1908 : les performances stagnent et les budgets des constructeurs baissent. En 1911, la saison sportive internationale s’annonce incertaine et tous (constructeurs et pilotes automobiles) s’accordent à dire qu’il faut réagir. Le renouveau, pour ne pas dire la révolution, viendra de Peugeot et en particulier des "Charlatans" … Georges Boillot, Jules Goux et Paolo Zuccarelli, pilotes mais également techniciens ou dessinateurs pour Peugeot, présentent leur idée à la direction : concevoir et construire une voiture de course légère, d’une cylindrée moyenne, capable de s’imposer dans les Grands Prix. Robert Peugeot (neveu d’Armand Peugeot), patron de la firme à l’époque, accepte le défi et met le trio en concurrence avec les ingénieurs maison "officiels". Ceux-ci sont scandalisés et, ne croyant pas au projet de leurs rivaux, les surnomment "les Charlatans". Un surnom qui restera à jamais attaché à cette jeune équipe (Georges Boillot a 27 ans, Jules Goux 26 et Paolo Zuccarelli 25), à laquelle est venue se joindre rapidement l’ingénieur Ernest Henry, âgé de 26 ans.

Grâce à leurs talents et leur enthousiasme, ils réalisent LA voiture de course que tous attendaient, la Peugeot L76. Son châssis est classique mais très allégé par rapport aux structures à longerons de la concurrence. Le moteur est un monobloc 4 cylindres de 7 600 cm3, donné à l’époque pour une puissance de 148 chevaux à 2 200 tr/mn. Mais ce qui rend ce véhicule vraiment exceptionnel, c’est le système de distribution inédit de son moteur. L’historien Jean-Louis Loubet l’explique très bien : "avec des arbres à cames placés dans la tête du moteur, des soupapes inclinées commandées sans culbuteur pour une meilleure circulation des gaz, un bloc moteur constitué d’une seule pièce et autre pistons fondus dans des alliages légers". Les ingénieurs de l’époque l’affirmaient déjà : "Il y aura l’avant et l’après L76".

Ce moteur n’est ni le premier "4 soupapes par cylindre" ni le premier "double arbre à cames en tête", mais il est le premier au monde à combiner les deux techniques. Ainsi "les Charlatans" ont donné naissance à la première voiture de course véritablement moderne au monde. Vitesse maxi : 190 km/h !

D’autres Peugeot de courses L3 (1913), L45 (1914), ou L25 (1914), vont connaître le succès sur les circuits et courses du monde entier.

 

Les succès des L76 (pour 7,6 litres), L57, L3, L45…

La L76 est la première voiture au monde équipée d'un moteur 4 cylindres à 4 soupapes par cylindre et 2 arbres à cames en tête.

C’est à son volant que Georges Boillot remporte la victoire au Grand Prix de l’ACF (Automobile Club de France) à Dieppe en 1912 avec une moyenne de plus de 110 km/h. Il récidive en 1913 sur le circuit d’Amiens à bord d'une L57 (5,7 litres), une victoire complétée par la deuxième place de Jules Goux. Des succès majeurs qui seront suivis de nombreux autres en France, mais aussi en Sicile, Espagne et Belgique.

Le 12 avril 1913, la Peugeot L76, conduite par Jules Goux, remporte les records des 50 miles, 100 miles et 150 miles et le record de l'heure précédemment détenus depuis le 15 février 1913 par Lambert sur Talbot.

L’un des succès les plus retentissants de la L76 est sans aucun doute celui de Jules Goux aux Etats-Unis le 30 mai 1913. Le pilote gagne les 500 miles d’Indianapolis, à une vitesse moyenne de 122 km/h, avec la Peugeot L76 qui deviendra une légende de l'histoire du sport automobile… et Jules Goux un héros !

Les bolides Peugeot remportèrent à nouveau le Grand Prix d’Amérique en 1916 (Dario Resta sur une L45) et en 1919 (Howard Wilcox sur une L45). En 1914 et 1915 les Peugeot de Arthur Duray et Dario Resta se classent secondes de l’épreuve.

 

GRAND PRIX ACF DIEPPE 1912 PEUGEOT L76

Photo G. BOILLOT vainqueur du Grand Prix ACF à Dieppe en 1912 sur une PEUGEOT L76